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Nous travaillons sur le thème de la nature morte à partir d'extraits du magnifique roman Le coeur cousu de Carole Martinez.

Voici, les premières images réalisées par les élèves de première (STMG du lycée Théodore Aubanel à Avignon) à partir des extraits du Coeur cousu cités ci-dessous.


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Le Coeur cousu / Carole Martinez

 

Extraits

 

Travail sur la Nature morte.

 

 Prologue

 

Ce matin, j'ai enfin ouvert la boîte que chacune de mes soeurs a ouverte avant moi et j'y ai trouvé un grand cahier, de l'encre et une plume.

Alors, j'ai attendu, j'ai attendu la nuit, j'ai attendu la maison vide et noire. J'ai attendu qu'il soit l'heure d'écrire enfin.

Je me suis assise dans l'ombre de la cuisine, j'ai allumé le quinquet au-dessus de la grande table en bois. Il a éclairé les carcasses de casseroles, les vieux torchons, il a peu à peu réchauffé les odeurs du repas. Je me suis installée à cette table, j'ai ouvert mon cahier, lissant ses grandes pages blanches, un peu rugueuses, et les mots sont arrivés.

 

 La robe de mariée

 

Frasquita n'avait jamais essayé sa robe avant ce jour. Elle se prépara seule et l'enfila comme une nouvelle peau. Elle se regarda alors dans le miroir qu'on lui avait prêté. Elle n'y vit que des miettes d'elle-même. Mais chacun des fragments qu'elle découvrait lui paraissait plus splendide que le précédent. Elle releva ses cheveux sombres, les tressa avec des fils de soie blancs et ocre et accrocha au haut peigne planté dans son chignon un voile somptueux d'une dentelle éclatante, aussi fine qu'une toile d'araignée. Le voile se déversait au sol en cascade, fluide et vivant, animé par les jeux d'ombre et de lumière. Dans le miroir, chaque boucle, chaque élément du chef-d'oeuvre trouva sa place. Elle vit un regard profond, tellement noir dans tout ce blanc, elle vit ses lèvres ourlées pour la première fois. Elle surprit même un sourire délicieux qu'elle ne se connaissait pas. Elle eut peur d'abord, tant cette image lui était étrangère, il lui fallut un temps pour se familiariser avec cette femme en partance pour ses noces. Elle fit plusieurs fois le tour de la pièce et s'adopta.

 

 La maison vide

 

Martirio et Pedro jouaient autour du poêle avec les poupées de tissu emplies de paille qu'elle leur avait cousues et la carriole, unique présent de José à son fils, tandis qu'Angela, épuisée par sa longue journée de travail à l'oliveraie, avait fermé ses yeux trop ronds et s'était endormie la tête sur les genoux d'Anita elle -même assise par terre et plongée dans l'un des gros ouvrages du curé. Leurs deux robes également tachées de boue et de poussière faisaient un petit tas ocre et gris, un petit tas aux couleurs de l'hiver qui se soulevait au rythme doux de leur respiration.

 

 La dernière dette

 

Dehors, les enfants voulaient savoir. Angela commença à frapper contre la porte et les volets, elle s'usa les poings sur le crépi blanc, des petits points rougis, crayeux, les petits poings meurtris d'une efnat de dix ans encore impuissante face au désir des hommes. Exténuée, la fillette se tourna vers son grand allié, son frère Pedro. Le garçon prit alors un morceau de bois dont l'extrémité était brûlée et il dessina. Il se servit de la façade blanche comme d'une toile et y amarra un gigantesque navire, lui qui n'avait jamais croisé de bateau. La grand-voile gonflée, une coque et une proue magnifiques...

 

 

Il lui fallait croire à ce navire, prendre son sac à couture et embarquer tous les enfants dans l'arche. Ma mère resta un long moment les yeux rivés sur le dessin, sur le mur, sur la splendide caravelle, si bien que la voile finit par faseyer légèrement, agitée par un frisson des murs. Le vent se leva, gonfla l'immense toile blanche, et ma mère s'arracha à l'image.

Elle se tourna vers la charrette à bras, y entassa pêle-mêle les enfants, les couvertures, les chandelles, les deux pièces de drap qui restaient, les fougasses de la veille, de l'huile, des oeufs, le jambon, du pain, elle prit sa chaise aussi je crois, jeta un dernier regard sur l'ombre abandonnée qui dansait sur les murs et nous partîmes.


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